En mettant le pied sur les sentiers de la
montagne, vous trouverez la même forêt riche et
tranquille que Samuel de Champlain
contemplait en voguant en chaloupe sur le Richelieu en 1609.
Mais entre le passage de Champlain et aujourd'hui, la montagne
a connu une histoire des plus mouvementée. En effet,
le mont Saint-Hilaire a un riche passé historique et
il a toujours été un moteur important de notre
économie au cours des trois derniers siècles.
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C'est
en 1606 que Champlain explore pour la première
fois la région qui deviendra plus tard le Mont Saint-Hilaire.
Mais ce n'est que trois ans plus tard, en descendant le Richelieu
vers « son » lac Champlain, qu'il découvrira
la montagne connue à l'époque sous le nom de
Wigwomadensis, la montagne qui ressemble à un wigwam
(hutte des indiens d'Amérique du Nord). En ces temps,
la montagne jouit d'une existence paisible et est peu habitée
par les colons fraîchement arrivés en Nouvelle-France.
Les conditions rudes et l'emplacement isolé de la montagne
rendent difficile l'installation de ces nouveaux arrivants
peu habitués à de telles conditions de vie.
En 1694, la montagne connaît son premier propriétaire,
le militaire Jean-Baptiste Hertel, fils du Seigneur de Chambly.
Le Seigneur nomme « sa » montagne le Mont Rouville
et, en 1730, il commence à distribuer ses terres aux
colons habitant près des rives du Richelieu. À partir
de cette année, la montagne connaîtra un essor
incroyable et jouera un rôle important dans l'économie
locale.
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La
montagne Rouville, encore bien sauvage avec ses centaines
de milliers d'érables, son beau lac, ses ruisseaux
et ses pommiers, offre aux vaillants de 1730 trois atouts
précieux : un ruisseau pour faire tourner des moulins,
des érables en quantité pour faire du sucre
du pays et de la terre pierreuse où poussent déjà des
pommiers. En 1750, les résidants de la montagne déboisent
les flancs de la montagne et construisent le premier moulin à farine.
Quelques années plus tard, soit en 1768, un barrage
est érigé au lac Hertel afin de faire monter
l'eau du petit lac et assurer ainsi l'alimentation du ruisseau
qui fera tourner 9 moulins.
La culture la plus importante en ce temps est celle des érablières.
On trouve pas moins de 40 belles érablières sur
les flancs de la montagne, le long des 3 ruisseaux et près
du lac. Le sucre de Saint-Hilaire devient vite très
réputé. Après les érablières,
la place d'honneur revient aux vergers. Des dizaines de bateaux
viennent à l'automne chercher les pommes de Saint-Hilaire
et les distilleries de la montagne produisent du cidre en abondance.
Les curés, inquiets devant la soif des résidents
de la montagne et leurs joyeuses soirées, se plaignent
que les gens boivent plus de pommes qu'ils n'en mangent.
Ainsi pendant une centaine d'années, la montagne Rouville
connaîtra une grande prospérité économique.
Si les gens de la paroisse, au bord du Richelieu, ont leur église,
les gens de la montagne, eux, ont l'industrie, le commerce
et la population la plus nombreuse.
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En
1844, la montagne change de mains et de nom pour devenir
le mont Beloeil. La famille Campbell d'Écosse achète
la Seigneurie de la famille Hertel suite aux graves difficultés
financières de celle-ci. Le nouveau propriétaire,
Thomas Edmond Campbell, très impliqué dans
les chemins de fer, a aussi un œil pour le tourisme.
En 1851, il construit le Café Campbell au bord du
lac Hertel et plus tard, en 1874, ses fils bâtiront
un grand hôtel de luxe de 150 chambres. Au cours de
ces années prospères, le chemin de fer amène
des milliers de touristes canadiens et américains,
fort argentés, à Saint-Hilaire et de là en
carrosse à la montagne. La montagne est maintenant
considérée comme un paradis de plaisir par
les touristes provenant de tous les coins du monde.
À cette époque, le mont Beloeil
attire aussi une autre catégorie de touristes : les
pèlerins. Au cours de l'été 1841, une
croix immense de 100 pieds de haut, visible à plus
de 40 kilomètres, est érigée sur le Pain
de Sucre. Le vent la renverse 5 ans plus tard. En 1871, le
clergé renouvelle l'expérience en y faisant
construire une chapelle. Mais le sort n'est pas plus généreux
pour cette construction pieuse qui est emportée par
un incendie en 1876.
Durant cette période d'intenses activités touristiques,
les vergers continuent à prospérer, mais les érablières
perdent de leur éclat et les neuf moulins détrônés
par la machine à vapeur, perdent leur pertinence économique.
Avec la disparition de l'hôtel, le tourisme à la
montagne en prend un coup et le village n'est plus ce qu'il était.
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Cette
situation ne convient évidemment pas aux Campbell
qui ont perdu une partie de leurs sources de revenus et sont à court
d'argent. Ils décident donc de vendre la montagne. En
1913, la montagne passe aux mains d'un officier britannique,
le Brigadier Andrew Hamilton Gault. Les moulins et les érablières
ont disparu et le village de la montagne bourdonne moins fort.
Ceci fait bien l’affaire de M.Gault qui adore et respecte
la montagne dans son état original.
En 1947, le Brigadier Gault décide de s'installer au
bord du lac Hertel, d'abord dans un modeste chalet, mais éventuellement
dans un véritable manoir. Il encourage les gens à faire
de la pêche dans son lac, à marcher sur les anciens
chemins de cabanes à sucre, à faire de l'équitation
et même du ski alpin. En 1950, suivant la mode du jour,
il permet la création d'un club de ski. Seules la chasse
et la coupe de bois sont interdites. M. Gault ne tolère
même pas que son homme à tout faire tente de piéger
les ratons laveurs qui fouillent dans ses poubelles. En 1957,
il commence la construction de sa « folie », une
grande maison de pierres, au bord du lac. Une fois terminée,
il y demeure à peine trois semaines et meurt le 28 novembre
1958. Cette maison existe toujours aujourd'hui. Elle porte
le nom de maison Gault et tient maintenant lieu de salle de
réception.
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L'Université McGill se donne
un plan directeur pour gérer la montagne
Fidèle aux volontés du Brigadier, l'Université
McGill prépare un plan pour encadrer les activités
permises sur la montagne. Le plan vise la préservation
du domaine, l'utilisation de la montagne à des fins
de recherche et d'enseignement universitaires et l'élaboration
d'un programme d'interprétation de la nature et de
libres visites pour le grand public.
Dès 1960, le mont Saint-Hilaire est classé
"Refuge des Oiseaux Migrateurs" et toute capture
d'oiseaux est désormais strictement interdite. Suite
à une étude complète de la montagne
par la Société Audubon, en 1970, l'Université
se donne d'un Plan Directeur qui divise la montagne en deux
grands secteurs. Le premier secteur de 5 kilomètres
carrés est interdit au public pour en assurer la
préservation intégrale. L'autre secteur de
6 kilomètres carrés est ouvert aux visiteurs
et sera doté d'un réseau de sentiers de randonnées
et de divers services.
Deux années après l'adoption du Plan Directeur,
en 1972, naît le Centre de Conservation de la Nature
avec Alice E. Johannsen comme première directrice.
Le Centre offrira des activités éducatives
et des visites libres pour les visiteurs. En 1978, grâce
aux efforts de madame Johannsen, l'Unesco désigne
le mont Saint-Hilaire "Première Réserve
de la Biosphère au Canada" pour souligner la
qualité unique de sa forêt. En 1998, après
25 ans de services, le Centre accueille annuellement 140
000 visiteurs venant de toute la région,
Les luttes citoyennes :
En 1959, on construit la Route 116 qui favorisera les développements
domiciliaires en flancs de montagne. La même année,
la carrière Poudrette attaque le visage du flanc
nord et provoque également la découverte d'une
grande richesse de minéraux qui va attirer les chercheurs
du monde entier. Suit en 1966, la construction de la Transcanadienne
qui, aidée de la 116, rapproche davantage Mont-Saint-Hilaire
de Montréal et attire un nombre grandissant de citoyens
à la recherche d'une maison entre une rivière
et une belle montagne. Qui pourrait les blâmer ?
La pomiculture, jadis si prospère, est devenue moins
rentable et les spéculateurs font des offres. Ainsi,
plusieurs vergers se sont transformés en développements
domiciliaires avec des noms évocateurs qui rappellent
la verdure d'autrefois, comme « Les Trois Pommes »,
« La Pommeraie ». La loi de protection du territoire
adoptée en 1967 a mis fin à la vente des vergers.
Durant cette même période, la population de Mont-Saint-Hilaire
passe de 6000 citoyens en 1975 à 9100 en 1979. Cette
véritable explosion démographique a créé un
besoin de nombreuses maisons. Inutile de dire que le cordon
vert autour de la montagne en a souffert ainsi que la vue sur
le mont. Un premier groupe de citoyens, « Les Amis de
la Montagne », s'est formé en 1988, qui a invité la
ville à freiner la construction autour de la montagne.
La ville a répondu favorablement et a imposé un
moratoire de 10 ans sur tout développement au début
du Chemin de la Montagne.
La lutte des citoyens a repris de plus belle en 1997 pour tenter
de sauver la falaise Dieppe et de bloquer la construction de
résidences sur le plateau qui abritait autrefois le
Foyer Savoy. Une entente est intervenue entre la Ville et le
propriétaire des terrains en piedmont en vue de l'acquisition
d'une partie de ces terrains. En 1999, la ville de Mont Saint-Hilaire
a également décidé de faire un pas important
en faveur de l'environnement en devenant un partenaire de la
Réserve de la Biosphère. Le conseil municipal
a affirmé « qu'il endosse la philosophie qui soutend
la notion de Réserve de la Biosphère, qu'il accepte
ainsi de devenir un partenaire actif... et qu'il accepte d'introduire
dans ses objectifs et sa philosophie de gestion les principes
de conservation, de développement et de recherche qui
constituent les fonctions d'une Réserve, de même
que la mission du Centre de la Nature ».
La
montagne de Gault est sauvée, mais les approches
de ce patrimoine naturel unique sont convoitées.
Combien de temps, les vergers seront-ils là pour
fournir un dernier corridor vert et pour offrir des percées
visuelles sur la montagne et la vallée?
Si
Hamilton Gault revenait, le vaillant Brigadier aurait peut-être
besoin d'une nouvelle brigade, « verte » cette
fois-ci, pour protéger « son bien le plus
précieux ».
C'est aux élus municipaux, aux citoyens et aux
visiteurs de veiller dans l'intérêt des
générations
présentes et futures.
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Le "
Comité du périmètre " :
La montagne de Gault est sauvée, mais les approches
de ce patrimoine naturel unique sont convoitées. Combien
de temps, les vergers seront-ils là pour fournir un
dernier corridor vert et pour offrir des percées visuelles
sur la montagne et la vallée ? En 2002, la municipalité
de Mont-Saint-Hilaire crée le " Comité
de protection du périmètre " chargé
de proposer des mesures pour conserver et, si possible accroître,
les boisés dans les secteurs résidentiels et
agricoles. En 2004, le comité dépose un plan
qui vise à conserver le patrimoine naturel du piémont
pour les générations futures.
Les
corridors forestiers. Le plan de 2004 ne touche
pas seulement le périmètre immédiat
de la montagne mais aussi les " corridors forestiers
" qui assurent le contact vital entre la montagne et
la région. Le plan est adopté aussitôt
par la municipalité et est suivi d'un train de mesures
de protection du piémont, notamment dans les secteurs
résidentiels.
Le Centre de la Nature, pour sa part, tente d'acquérir
des terrains en piémont pour mieux protéger
la montagne, grâce à son programme de "
Conservation volontaire ". Le fait également
des efforts constants en collaboration avec les municipalités
environnantes pour relier la montagne aux boisés
de la région en vue de l'établissement de
quelques corridors forestiers.
L'avenir dira si la volonté politique et les efforts
des citoyens sauront protéger et enrichir cette montagne
unique qui est le patrimoine naturel le plus important de
la région.
En ce sens, le Centre de la Nature met en
oeuvre plusieurs projets. De ces projets on compte diverses
initiatives de conservation volontaire dans les corridors
forestiers, la participation de bénévoles à
la conservation de la montagne, le soutien de la pomoculture
et de l'agriculture locale ainsi que la création d'un
Fonds de protection
des milieux naturels.

Photo
: Yvon Gervais
Concours photo 2002
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